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A
l'occasion de la sortie du film "Le Goût des Autres" au
Royaume-Uni, CanalExpat a rencontré Agnès Jaoui, réalisatrice
et co-scénariste du film, lors de sa venue à Londres.
Les cinq scripts que vous avez écrits de
"Cuisine et Dépendances" au "Goût des Autres"
tournent principalement autour des rapports sociaux et de la comédie.
Les considérez-vous comme vos domaines de prédilection ou
comptez-vous aborder de nouveaux sujets dans les années à
venir ?
Oui, pour l'instant notre source d'inspiration sont les gens, les êtres
humains, la difficulté d'être et de penser par soi-même.
Qu'en est-il de la famille ?
Nous avons traité ce sujet dans le film "Un Air de Famille"
et nous y reviendrons dans notre prochain film qui traite des rapports
entre un père et une fille.
Notre moteur est le conformisme et la force d'inertie d'une société
en général et de la famille, qui est une petite société.
Nous avons envie de communiquer sur la petite marge de manuvre que
l'on a d'être soi-même, une sorte de droit de réponse.
Pensez-vous qu'un film doit être réalisé selon
un nombre de critères incontournables pour être exportable
(gros budget, action, sexe, violence) ou bien que tout bon produit national
loin des critères hollywoodiens peut avoir du succès dans
d'autres pays ?
Quand on fait un film, on ne pense pas au fait de répondre à
certains critères. On ne pense pas au public mais on se fie à
sa propre opinion et aux proches qui nous entourent.
Je suis incapable de savoir ce que le public international attend.
La preuve est que ce film est extrêmement dialogué, c'est
une comédie et il n'y a ni sexe, ni violence, donc a priori c'est
un film très peu exportable et qui n'était pas susceptible
de faire un succès. Mais il se trouve qu'il a été
exporté dans plus de trente pays et a touché beaucoup de
gens en France et ailleurs.
Même si on voulait faire un calcul, ce serait invérifiable.
Lors de la réalisation de ce film, vous êtes-vous
interrogée sur les réactions du public ? Le public vous
a-t-il influencé dans votre façon de filmer ?
Forcément, cela l'influence. Je ne peux pas ignorer le public. Je suis
une femme qui vit à Paris et j'ai donc mes propres références
et mes propres influences mais je ne pense pas à ce qui va plaire
aux autres mais plutôt à ce qui va me plaire. Je suis incapable
de savoir ce que les gens attendent. Je pense que personne ne peut savoir
ce que le public attend.
Le Goût des Autres est une critique de la société
d'aujourd'hui et de ses différentes classes sociales. A quelle
classe vous identifiez-vous ?
Je m'identifie totalement à celle des artistes du film. Je suis
très proche du personnage de Clara et de tous ses amis.
Dans le Monde Diplomatique du mois d'avril, on peut lire que l'Angleterre
a le plus mauvais système de santé en Europe, que des enfants
sont en état de malnutrition dans les banlieues londoniennes, et
dans le même temps on annonce que Londres vient de dépasser
New-York et Tokyo dans le classement des villes les plus chères
du monde. Que vous inspire ce décalage ? Pensez-vous que les Anglais
ont le goût des autres ?
Quand on parle de politique et que l'on dit que "la Gauche ne veut
plus rien dire", en Angleterre, en effet cela ne veut plus rien dire,
contrairement à la gauche française qui n'a pas eu la même
politique. En France, la différence entre les riches et les pauvres
s'est accrue mais il y a quand même moins de pauvres qu'avant.
Je pense que l'Europe doit tenir compte des problèmes sociaux et
je suis assez effrayée par la politique anglaise très proche
de celle des Américains.
Mais néanmoins, il y a quelque chose de profondément anticonformiste
chez les Anglais. J'aime énormément la littérature
anglaise, la littérature du XIXe siècle et plus particulièrement
celle des femmes.
Je connais mal l'Angleterre et je n'y ai jamais vécu mais je suis
frappée par ce paradoxe. Comme aux Etats-Unis, il y a toujours
des lieux de contre-culture, de révolution et de rébellion.
Avez-vous des quartiers ou des lieux particuliers de prédilection
à Londres ?
Je connais mal Londres mais j'aime certains lieux mythiques comme le salon
de thé du Savoy, où je me retrouve dans l'ambiance des livres
du XIXe siècle.
J'aime beaucoup certains jardins, les musées comme la Tate que
je trouve très intéressante.
J'ai découvert Bath récemment et j'ai été
très étonnée par cette ville et son architecture.
Je fais très peu de shopping à Londres mais je trouve la
ville beaucoup plus branchée que Paris et même New-York.
Quels sont vos projets de scripts ou de films ?
Nous sommes en pleine écriture et il est un peu tôt pour
en parler réellement.
Nous traitons toujours les mêmes thèmes, le conformisme,
mais plus axé sur le pouvoir et la dictature de l'esthétisme.
La force de l'image est considérable; nous n'en avons pas toujours
conscience.
On nous impose des modèles esthétiques qui peuvent parfois
avoir des conséquences très graves. Mis à part le
fait d'être malheureux car on ne correspond pas aux critères,
cela va parfois beaucoup plus loin comme l'anorexie.
C'est un sujet dont je voulais parler depuis longtemps mais qui est difficile
à traiter, il faut trouver le bon angle.
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