Xavier
de Villepin, Sénateur des Français établis à
l'étranger a bien voulu accorder un entretien à CanalExpat.
Nous en publions cette semaine la première partie, consacrée
à l'expatriation.
Avant d'être élu sénateur, Xavier de
Villepin a effectué la majeure partie de sa carrière dans
des postes d'expatrié au sein du groupe Saint-Gobain, en Algérie,
au Maroc, au Venezuela, en Australie, en Italie et en Amérique
du Nord.
Pour quelles raisons avez-vous choisi, dès son début,
de mener votre carrière à l'international et de la poursuivre
sans revenir en France ?
"Sans revenir en France" est un peu excessif,
puisque j'y revenais toujours pour des raisons professionnelles et privées.
J'ai fait une carrière dans le groupe Pont-à-Mousson puis
pour Saint Gobain, puisqu'ils ont fusionné. Je vous avoue que ce
qui m'a beaucoup incité à partir était l'état
de la France après la seconde guerre mondiale. J'avais 14 ans en
1939, j'ai donc vécu beaucoup d'événements (NDLR
Xavier de Villepin est rentré dans le maquis, dans le Limousin,
en 1944).
J'ai vécu beaucoup d'événements tristes
pour mon pays et, en premier lieu, la défaite de la France; puis
sa lente reprise après la Libération qui durait encore lorsque
je suis sorti d'HEC et que j'ai cherché une situation. J'ai eu,
alors que je ne connaissais pas particulièrement l'expatriation,
l'idée d'insister dans mes demandes d'emploi sur le départ
à l'étranger - j'étais prêt à découvrir
autre chose. Avec le temps, l'accumulation des pays, des visites et des
changements professionnels, m'ont donné la vocation de l'expatriation.
Celle-ci a beaucoup changé depuis cette époque. J'ai
connu une expatriation 'à la papa' qui était extrêmement
agréable et dynamique; c'était une relation d'absolue
confiance entre un siège et son personnel à l'étranger,
le siège voulant leur donner pendant une longue période,
à la fois le goût du voyage et l'expérience de l'étranger.
J'étais très heureux de cette situation, parce qu'au bout
de quelques années, je changeais de pays, ce qui, dans un groupe
aussi important, correspondait souvent, à changer de métier.
Cela m'a énormément attiré car on a bien plus
d'initiatives et de responsabilités à l'étranger;
on a la possibilité d'une action humaine plus importante, en
tout cas plus ouverte qu'en France. Cela m'a donné très
rapidement la possibilité de m'intéresser à la
vie de la communauté, aux écoles, de suivre toutes les
facettes d'une communauté française à l'étranger,
de devenir pour la première fois délégué
au conseil supérieur pour le Venezuela, de le redevenir une fois
nommé en Italie. Tout ceci a constitué un temps très
heureux pour moi.
Vous êtes également diplômé
d'Harvard. Etait-ce juste après HEC ?
J'ai fait Harvard alors que j'étais présent
pour mon groupe aux Etats Unis. J'ai vu l'intérêt de rejoindre
cette université célèbre. C'est une autre forme d'éducation,
une autre forme d'ouverture sur le monde. C'est un très gros travail,
surtout pour un étranger, de suivre le rythme très rapide
d'une business school aux Etats-Unis. Je dois dire que je m'en suis félicité
car j'ai gardé beaucoup d'amis et gagné de l'ouverture grâce
à ce système d'éducation. Si le nôtre n'a pas
à rougir, les professeurs dans une université de ce type
sont très ouverts, très accueillants pour l'étudiant.
Ils n'hésitent pas à répondre, même chez eux,
aux questions que vous vous posez quand vous n'avez pas compris. C'est
la découverte d'un monde nouveau, de techniques d'éducation
et de management très différentes de celles de la vieille
Europe.
J'imagine qu'à HEC, le type d'enseignement actuel
doit être assez proche de celui-là ?
Le système d'enseignement est proche. Ce qui reste
différent, ce sont les mentalités des pays, l'ouverture,
la solidarité entre élèves. En France, on surveille
beaucoup le classement, la sortie. Là bas, ce n'est pas la règle
du jeu, c'est la solidarité vers celui qui comprend le moins bien.
Dans une promotion, ce sont les tempéraments qui jouent bien plus
pour le restant de la vie plutôt que les écarts de points
dans les classements. Je trouve qu'il ne faut pas être trop élitiste
et que les Etats-Unis apportent cette compréhension.
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